Palmci veut réorganiser le secteur oléagineux afin de le conduire à une meilleure compétitivité, abaisser les prix à la consommation et surtout résister à la concurrence asiatique. Mais cette montée en puissance est diversement appréciée.

La Société ivoirienne de transformation d'huile de palme (Palmci) représente désormais 90% de la production nationale. Elle profite de la dynamique impulsée par le groupe Sifca dont elle est l'une des filiales. Ce consortium a engagé une profonde restructuration dans le cadre d'un projet baptisé Redback. Le projet a permis à la filiale de bénéficier de l'apport de la joint-venture singapourienne Nauvu, formée par Olam et Wilmar qui ont fait leur entrée dans son actionnariat. Ce projet de restructuration de la filière oléagineuse a permis au groupe Sifca d'acquérir la majorité de Palmci et également celle de Phci, plantation historique d'Unilever. Une nouvelle configuration qui devrait permettre d'améliorer la productivité de ses usines et asseoir une sorte d'hégémonie dans la filière. Une situation susceptible de bousculer les trois autres gros transformateurs en Côte d'Ivoire : Adam Afrique, Loc et Cosav. Selon le directeur général de Sifca, Yves Lamblin, Redback a pour objet de réduire les coûts de raffinage quatre fois plus élevés que chez les concurrents asiatiques : 40 dollars la tonne de régime en Côte d'Ivoire contre 10 en Asie. Les résultats commencent à être perceptibles. 

De gros investissements

En 2008, la société a réalisé un chiffre d'affaires de 115,5 milliards de Fcfa, en hausse de 62% par rapport à l'exercice précédent. Sa production d'huile est passée de 208.000 tonnes à 253.000 tonnes pendant la même période pour un objectif de 500.000 tonnes en l'espace de quatre ans. Les dirigeants sont à la manette. Pour atteindre ses objectifs, 16 milliards Fcfa ont été investis dans la mise à niveau des usines. L'amélioration des capacités d'usinage, l'accroissement de la productivité des plantations industrielles ainsi que le développement des plantations villageoises sont devenus des impératifs. Et l'entreprise a commencé la construction d'une nouvelle raffinerie dont la capacité va dépasser de 50 %, celles actuelles d'Unilever. Elle sera opérationnelle au début du deuxième trimestre de l'année prochaine. Ces investissements devraient permettre, affirme Yves Lamblin, de traiter une bonne partie de l'important potentiel ivoirien. Outre la compétitivité recherchée pour faire face à la concurrence internationale, Palmci veut aussi combler le déficit en huile de palme en Afrique de l'Ouest (500.000 tonnes en 2008). Parallèlement à cette offensive industrielle et commerciale, la recherche tente de tenir le défi. Le Centre international pour la recherche agricole et le développement (Cirad), en partenariat avec des entreprises privées, a conçu un important programme d'amélioration génétique du palmier à huile. Les travaux portent, d'une part, sur l'exploitation des sources de résistance aux principales maladies et, d'autre part, sur le développement de nouvelles méthodes de sélection. Selon un expert, leur mise en œuvre permettra de maintenir à long terme la progression régulière de la valeur génétique, avec une meilleure productivité et un rendement augmenté de 40 %. Ces gains génétiques sont intégrés dans les semences vulgarisées au profit des agriculteurs. A titre expérimental, 150. 000 hectares ont été plantés avec ces variétés. Ce qui représente environ 20 % du marché mondial de semences. 

L'inquiétude des paysans

Le Cirad développe en parallèle un référentiel agronomique respectueux de l'environnement. Une nouvelle génération de variétés est en cours d'évaluation en station de recherche. Leur potentiel de production, selon le même spécialiste, est supérieur de 15 % à celui des variétés actuellement diffusées. Dans les zones les plus favorables, les tests préliminaires, dit-il, montrent que les agriculteurs peuvent obtenir près de 15 tonnes d'huile de palme par hectare avec ces nouvelles variétés. Mais le palmier est une plante pérenne à cycle long (25 ans), dont le verger n'est renouvelé qu'au rythme de 4 % par an en moyenne. Il faudra donc attendre le renouvellement complet des plantations pour en exploiter pleinement le potentiel. Tous ces investissements présagent-ils d'un avenir rayonnant pour la filière palmier à huile ? Sans doute. Selon le scientifique, l'intérêt grandissant pour les produits en biocarburant et la demande de cultures, dont les oléagineux, pour la fabrication de cette énergie devraient permettre de revoir les prix de l'huile de palme à la hausse. Cette tendance haussière devrait se maintenir durablement. Les planteurs ivoiriens pourraient tirer parti de cette tendance du marché. Mais pour ce faire, une harmonisation de l'environnement national est plus que nécessaire. En effet, le système des prix pratiqué est devenu presque inopérant. Le prix d'achat des régimes de palmier, fixé par l'Association interprofessionnelle du palmier à huile (Aiph) chaque trimestre, sur la seule base des cours mondiaux, ne traduit pas suffisamment les tendances du marché. Cette situation risque d'entretenir un déséquilibre préjudiciable à la filière oléagineuse ivoirienne. Face à un marché hautement concurrentiel, les industriels privés n'ont d'autre choix que de concentrer leurs efforts sur la maîtrise de leurs coûts, en plus du fait qu'ils doivent rester compétitifs, aussi bien sur les marchés national et régional qu'à l'exportation. Les différents acteurs de la filière palmier à huile devront tirer les leçons de l'actuelle débâcle financière mondiale et intégrer la perspective d'une reprise forte et rapide des cours de l'huile de palme brute sous l'effet de la demande de produits en biocarburant. 

Mais, la montée en puissance de Palmci et du groupe Sifca est redoutée par certains planteurs. 

Des coopératives craignent un monopole de l'usinier qu'elles accusent, par ailleurs, de vouloir s'arroger les activités qui leur sont dévolues notamment la collecte, le transport de la production, le paiement des planteurs villageois, le recouvrement des crédits de campagne, l'encadrement des planteurs ainsi que l'entretien des pistes villageoises. Selon Kouadio Fri, président de la Fédération nationale des coopératives de planteurs de palmiers à huile de Côte d'Ivoire (Fenacoph-ci), au niveau des récoltes, ce dysfonctionnement engendre une perte dans l'ordre de 30 à 35%. Et un quasi monopole de Palmci pourrait exacerber les incompréhensions.

Lanciné Bakayoko