Edito Matières Premières - Depuis mi-juin, le cours du cacao à Londres a grimpé de presque 45%, pour atteindre un record historique à 2 232 livres la tonne jeudi. Un point haut de 24 ans.

En deux ans (depuis octobre 2007), le cours de la tonne de cacao est ainsi passé de 900 $ à 2 232 $, un bond de 150%. Pourquoi une telle hausse ? Le cours du cacao peut-il encore grimper ?
Essayons d'y voir plus clair...


Déficit d'offre pour la quatrième année consécutive
Pour la saison 2008/2009 le marché mondial de cacao a été déficitaire de 28 000 tonnes selon l'ICCO. Et Macquarie Bank prévoit déjà pour la saison 2009/2010 un déficit de 38 000 tonnes. Ainsi, il serait une nouvelle fois déficitaire, pour la quatrième année de suite. Jamais on n'aurait vu un déficit d'offre aussi durable depuis 1965-1969.


D'après la plupart des experts, l'offre devrait une fois de plus être inférieure à la demande pour la saison 2009/2010.

Doutes sur la Côte-d'Ivoire
Aujourd'hui, beaucoup de doutes planent sur la production ivoirienne qui représente 40% de la production mondiale (premier producteur). En septembre on craignait le pire. Finalement les premiers arrivages des fèves dans les ports ivoiriens pour exportation ont agréablement surpris -- la récolte a commencé en octobre. L'essentiel de la saison ivoirienne est récolté sur octobre/mars. Le rythme va-t-il se maintenir ? Certains sont sceptiques. Il semble déjà ralentir...


Sur la saison 2008/2009 la production ivoirienne a reculé de 13% (-160 000 tonnes) à 1,22 million de tonnes. C'est la plus petite récolte depuis 14 ans ! Ceci alors que l'année précédente s'affichait déjà en repli. La tendance devrait se poursuivre. Beaucoup s'attendent à ce que la production pour la saison 2009/2010 soit identique à celle de la saison qui vient de se clore.

Les handicaps ivoiriens sont nombreux
Le swollen shoot (virus transmis par les pucerons) décime les cultures depuis 2004.


Et puis la réforme de la filière s'est réalisée au détriment de la qualité des fèves : libéralisation des prix, taxation, corruption, fin des subventions, grèves...

Sans compter le morcellement des cultures, le manque chronique d'investissement et de moyens alors même que les cacaoyers sont vieillissant, de moins en moins rentables et touchés par des maladies (manque d'engrais trop coûteux).

D'où la chute de la production, tant en qualité qu'en quantité.

Le tout conduit les petits agriculteurs à abandonner le cacao au profit d'autres cultures comme l'hévéa...

Parmi les autres facteurs de soutien
1. L'effondrement de la livre sterling et le fort repli du dollar, les deux devises de cotation du cacao. Voilà qui renchérit le pouvoir d'achat des importateurs de cacao qui en profitent. Ce qui soutient la demande (attention toutefois au renversement de tendance possible !)


2. La spéculation, toujours très forte. L'euphorie sur les marchés actions etcommos profite au cours du cacao. Il y a tellement d'argent disponible sur les marchés que les investisseurs misent massivement sur tout sous-jacent présentant de bons fondamentaux. Le cacao en fait parti. Et plus le cours monte, plus il attire de nouveaux investisseurs.

3. Le phénomène climatique El Niño (qui assèche l'Asie et inonde l'Amérique du Sud) met en péril la production de l'Indonésie (troisième producteur mondial) de l'Equateur (septième producteur) et du Brésil, où les pluies torrentielles mettent en péril le cacao "haut de gamme".

La demande pourrait rebondir
Côté demande, elle croît habituellement à un rythme annuel de 2% / 3% l'an depuis des années, régulièrement. L'essentiel de la consommation étant occidentale.


Cela dit, l'an passé elle s'est affichée en repli exceptionnel de 6% pour cause de crise. Va-t-elle repartir rapidement à la hausse ? Y aura-t-il une période de transition avant de retrouver le rythme de croissance d'avant crise ? Difficile à dire...

Mais étant donné les tous derniers indicateurs économiques, plutôt positifs, les investisseurs misent sur une sortie de crise et donc une reprise de la demande de cacao. Ce qui, avec le déficit déjà anticipé pour l'an prochain, fait grimper les cours...

Surveillez la confiance du consommateur américain ! Elle influe de plus en plus le cours de notre cacao.

Dernier point : la demande des pays asiatiques est en train d'émerger. Ce qui risque d'aggraver à terme la situation de déficit. La consommation indienne de cacao croît de 18% l'an !

Que nous dit le graphique ?
Le cours du cacao évolue depuis cet été dans un canal haussier dont l'oblique support a déjà été testée à trois reprises et qui semble solide.


Techniquement, les projections me permettent de vous donner un objectif à moyen terme à 2 324 livres (contre 2 232 livres il y a quelques jours). Objectif qui pourrait être atteint si les fondamentaux restent positifs. A commencer par les devises...

Cours du cacao en livres la tonne à Londres

Cours du cacao en livres la tonne à Londres

Ceux qui souhaitent se placer attendront un repli autour des 2 100 livres et mettront un stop sous les 2 000 livres pour se protéger. La cassure des 2 000 livres serait un signal baissier qui pourrait ramener le cacao vers les 1 850 livres.

Attention aux corrélations
Dernier point : les cours haussiers du cacao sont fondamentalement justifiés. Mais le mouvement de hausse est fortement exacerbé par la spéculation. Soyez prudents.


Les mouvements de capitaux spéculatifs sont très rapides. Ce qui peut entraîner des variations fortes et rapides sur un marché volatil et relativement étroit comme celui du cacao.

Alors surveillez la tendance des marchés actions et du billet vert. Les matières, d'une façon générale, y sont de plus en plus corrélées. Dernier exemple en date : l'onde de choc de Dubaï qui s'est fortement répercutée sur le cours du cacao la semaine dernière.

 

Par Isabelle Mouilleseaux